De la friche au jardin, l’odyssée continue

par Cécile Mattoug

Figure 1

Un sol accidenté
Une végétation à mi-hauteur
Quelques rares gravats sont visibles le long d’une venelle piétonne.
Nous sommes en avril 2018 et le collectif de paysagistes Chifoumi s’est installé sur une des friches des Tartres. Mandatés par la collectivité territoriale de Plaine Commune, ils ont pour objectif de “conduire le vivant”, d’ouvrir un jardin aux habitants du quartier populaire du Clos Saint-Lazare à Stains, dans la banlieue parisienne. […]

Figure 2

Un trou béant
Un terre noire importée
Un arbre de taille moyenne sorti d’une pépinière
Une ronde d’hommes en costard-cravate, dont quatre élus locaux et les représentants de la société d’aménagement.
Nous sommes le 8 septembre 2018 lors de l’inauguration officielle du projet d’aménagement des Tartres.
Je vois sur la vidéo qu’ils tiennent chacun une pelle à la main et, le sourire tourné vers les caméras, ils plantent officiellement l’arbre des Tartres dans le jardin animé par le collectif de paysagistes. […]

Figure 3

Une terre cultivée
Un potager géré par des collégiens
Des pneus servent de rebord pour une parcelle centrale
Une pancarte porte l’inscription “jardin à prendre”.
Nous sommes en juillet 2019 et le paysagiste Yohann attend quelques habitants du Clos Saint-Lazare qui s’étaient annoncés.
Tous les deux, nous paillons le sol des parcelles cultivées par les élèves. Les enfants ne reviendront pas avant la rentrée, me dit Yohann. Il fait bien trop chaud sur les Tartres en été. […]

Figure 4

Une terre soigneusement gérée
Un fond de parcelle occupé avec des activités pour les enfants
Quelques techniciens de l’aménagement profitent de l’évènement pour s’entretenir avec les parents.
Nous sommes en septembre 2019 et le collectif Chifoumi a décidé de ne pas renouveler son contrat auprès de la collectivité territoriale de Plaine Commune.
Fatigués du rôle de médiateur qui leur a été confié, les paysagistes s’apprêtent à laisser les néo-jardiniers du Clos Saint-Lazare en toute autonomie. […]

Figure 5

Une terre qui s’enfriche
Des barrières éventrées
Des habitats déployés par des populations précarisées, à peine cachés des regards.
Nous sommes en avril 2020 et le confinement est lancé depuis quelques semaines.
Restreinte au kilomètre autorisé par les mesures de police, je peux tout de même m’enfoncer sur les Tartres. Il paraît qu’il y aura un “monde d’après”. […]

Figure 6

Une terre lentement reconquise par la végétation spontanée
Quelques gravats, une canette de bière éventrée.
Nous sommes en juillet 2020 et le premier confinement est terminé.
Lorsque je m’aventure dans le fond de la parcelle, je remarque la silhouette d’un homme. Il se prénomme Utku, me dira-t-il plus tard. Il s’est installé là après le départ des paysagistes. Il habite le Clos Saint-Lazare et transporte des bidons d’eau dans un cadis pour arroser le potager.
Il me raconte comment des gens sont venus et ont essayé de s’installer là, dans son jardin. Utku les a chassés. Une pancarte peinte à la main gît sur le sol : “Les Tartres, terres communes !” […]

Figure 7

Une terre retournée, éventrée
Des gravats remontés à la surface du sol par des engins
Des merlons de plusieurs dizaines de centimètres de profondeur
Des potagers détruits
Nous sommes le 8 avril 2021 et la parcelle de Chifoumi est un champ de ruines.
Après le démantèlement d’un bidonville à quelques centaines de mètres de là, quelques baraques ont été montées sur la parcelle. Utku me raconte qu’il a prévenu la police. Arrivés peu de temps après, les policiers expulsent les quelques familles. Les aménageurs procèdent alors au retournement du sol. En quelques heures, l’ensemble de la parcelle est labouré. Dans ce paysage de dévastation, seul l’arbre planté lors de l’inauguration du projet d’aménagement en 2018 demeure intact, soigneusement contourné par les engins.
Utku, assis sur le rebord d’un merlon de gravats boit une bière. Il me dit qu’il s’en moque et qu’il reviendra faire son jardin de toute façon.
De la friche au jardin, l’odyssée continue.

Ces extraits de carnet de terrain sont issus d’une recherche doctorale intitulée Le partage du vide urbain dans la production métropolitaine. Approche exploratoire de la banlieue nord de Paris par les écritures du vécu, menée entre 2017 et 2021 à l’Université Paris Panthéon-Sorbonne, au sein du laboratoire Géographie-cités grâce au financement de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (France).

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Légende des figures :

Figure 1 : La parcelle de Chifoumi, dessins et notes, Cécile Mattoug, avril 2018

Figure 2 : Les Tartres, ça pousse ! Captures d’écran du documentaire produit par la Société d’Economie Mixte Plaine Commune Développement. URL : https://www.youtube.com/watch?v=CU-uvQ6Jy6o&ab_channel=PlaineCommuneD%C3%A9veloppement (mis en ligne le 29 octobre 2018), édition par Cécile Mattoug, 2023.

Figure 3 : Jardin à prendre, photographie, Willy Vainqueur, 2019, édition par Cécile Mattoug, 2023.

Figure 4 : Pose de la première pierre, photographie, Site internet Collectif Chifoumi. URL : https://www.collectifchifoumi.com/les-projets (consulté en septembre 2021), édition par Cécile Mattoug, 2023.

Figure 5 : Pendant le premier confinement, photographies, Cécile Mattoug, mars 2020.

Figure 6 : Des Tartres, terres communes, photographies, Cécile Mattoug, juillet 2020.

Figure 7 : Après les engins sur la parcelle de Chifoumi, photographie, Cécile Mattoug, avril 2021.

Si on laisse faire – mini friches de ville

par Claudette Lemay

Friches éphémères

Semences portées
par le vent, un oiseau, un insecte
le temps d’une saison.

Conservatoire de musique Benedetto Marcello, Venise

Pavillon de l’Allemagne, Biennale de Venise, 2022

Je me suis demandé comment cette plante était arrivée dans ce lieu d’exposition, à l’abri de la lumière du jour, des oiseaux, des insectes et du vent.

Friche discrète
Étrange jonction

Murs arrière d’une église, Venise

Mini friches en carrés
d’asphalte et de béton
Si on laisse faire.
Centre-Sud et Plateau Mont-Royal, Montréal

Histoire d’une friche

par Jean-Claude Castelain

Octobre 2022, Curepipe-Road, île Maurice  – Des gravats de béton et l’empreinte d’un solage, la végétation en train d’envahir l’espace et une meute de chiens errants agressifs ayant investi les lieux. C’est ce qu’il reste d’une modeste maison en béton armé, parmi les premières construites avec ce matériau dans les années quarante afin de résister aux cyclones. Autant que je m’en souvienne, elle était entourée d’une haie de bambous bien taillée, sa devanture s’enorgueillissait d’un carré de gazon, d’une allée en graviers et d’un petit jardin dont les plates-bandes comprenaient des novembriers blancs (agapanthes), des orchidées, des anthuriums, des capucines, des fougères et quelques rosiers. L’arrière-cour abritait un potager où poussaient des artichauts, des giraumons, des piments, du thym, du persil et de la coriandre. Il y avait également une tonnelle de chouchoux (chayotes), quelques bananiers, plusieurs papayers, un goyavier de Chine ainsi que de gros bambous d’où se balançaient dans le vent des nids des serins du Cap. Une « roche cari », pour écraser les épices, trônait en plein air près des marches de la cuisine. Cette maison n’est pas la seule à avoir été démolie ces dernières années et son terrain laissé provisoirement à l’abandon. Les pics des démolisseurs avaient eu auparavant raison de sa voisine, la maison de l’écrivain Marcel Cabon, ainsi que de la belle maison créole traditionnelle à jamais disparue à l’autre bout de la ruelle. Comme partout dans le monde, mais plus particulièrement dans une petite île, la terre vaut son pesant d’or, d’autant qu’aujourd’hui le foncier est un pilier de la nouvelle économie du pays. Cette friche constitue les vestiges de la maison dont mes parents furent locataires pendant plus d’une vingtaine d’années. La maison a été un lieu de belles rencontres et le havre des précieux souvenirs de ma jeunesse.

L’île Victoria, Kabenishinân Minitig, terre délaissée, riche en histoire

par Francine Beaudin

Quiconque habite à Gatineau au Québec ou à Ottawa en Ontario est familier avec les divers ponts Champlain, des Chaudières, du Portage, Alexandra et MacDonald-Cartier pour enjamber la rivière des Outaouais. Toutefois, pour mieux connaître ces îles traversées à vive allure, il faut favoriser la bicyclette, la marche ou le kayak pour un accès plus intime. L’une d’elle, l’île Victoria (appelée Kabenishinân Minitig par la Nation algonquine anishinabeg) m’a récemment intriguée en raison d’une clôture qu’on y avait érigée. Qui pouvait bien interdire un tel accès à l’île? Cette curiosité m’a amenée à faire des découvertes intéressantes dans le cadre du thème des friches…

L’île Kabenishinân Minitig est située dans la rivière des Outaouais à l’est des chutes des Chaudières, entre les îles Amélia, Albert et Chaudière. D’une superficie de près de 14 acres carrés, soit environ 8 terrains de soccer, l’île a été le témoin d’une riche histoire de routes de portage et de lieux sacrés des peuples algonquins anishinabeg, de même qu’une plaque tournante commerciale entre premières nations s’échelonnant sur plusieurs siècles avant l’arrivée des colonisateurs.[1] Outre les découvertes des richesses archéologiques des peuples algonquins, on trouve sur les lieux les vestiges architecturaux d’un développement forestier, industriel et commercial aux 19e et 20e siècles ainsi que des terres laissées à l’abandon, les délaissés selon la définition du Tiers paysage. [2]

La Commission de la capitale nationale a pris possession de la majeure partie de l’île en 1960, pour ensuite acquérir le reste de l’île en 2018. L’île a été complètement fermée au public en décembre 2018 afin de procéder à des activités de décontamination. Les travaux d’assainissement ont été divisés en trois phases et devraient se terminer en 2025.

Puisque nous n’avions pas un accès direct à l’île, les quelques photos prises à distance serviront d’introduction à l’intérêt historique, géographique et politique de cette parcelle de terre. L’exploration de l’île s’avère toutefois une expérience virtuelle enrichissante avec les données d’archives de Google Maps (2017). [3]

Commençons par le côté ouest de l’île, accessible du pont des Chaudières. Un premier édifice s’élève à notre gauche, le 161, rue Middle, Ottawa. Structure en briques rouges, voici l’ancienne Centrale à vapeur de l’Ottawa Electric Railway Co, construite au début du 20e siècle et témoin de l’émergence de la production hydroélectrique au Canada. La centrale fournissait, entre autres, une partie de l’électricité au réseau de tramway électrique d’Ottawa à l’époque.[4] L’édifice a été transformé en gymnase d’escalade de 1993 à 2018, au grand plaisir des athlètes de la région, mais forcé de fermer ses portes lors de la fermeture de l’île.[5]

Centrale à vapeur de la Ottawa Electric Railway Co

En poursuivant notre route sur Middle, nous distinguons à notre gauche des édifices d’une génératrice électrique d’Ottawa encore en fonction et à droite deux structures. L’édifice en briques rouges a été construit en 1880 par la famille de E.H. Bronson, magnat forestier et industriel bien connu dans la région.[6]  L’annexe en pierre a été construite en 1900 par suite d’un incendie dévastateur et rénovée pour le 150e anniversaire de la Confédération afin de servir de musée des peuples algonquins appelé Pavillon Kabeshininân Minitig.

Maison Bronson et annexe en pierres devenu Pavillon Kabeshininân Minitig, musée algonquin (édifices du Parlement à l’arrière-plan).

Poursuivant vers le sentier à droite de l’édifice Bronson, on avance sur la rue Timberside au bout duquel se trouvait le ravin du glissoir à bois[7], côté sud de l’île,  face à un autre édifice du 19e siècle, la Centrale électrique no 2 d’Ottawa Hydro, laquelle illustre le développement du monopole des services privés par la famille Bronson dans la production d’électricité et la diversification industrielle des chutes des Chaudières la fin du 19e siècle et début du 20e siècle dans la fabrication de pâtes et papiers.

À l’autre extrémité de l’île, accessible par le pont du Portage,[8] on peut observer une structure en pierre, ancienne usine de carbure Willson, érigée au début du 20e siècle et ayant servi à la production de carbure de calcium et de gaz d’acétylène. L’usine a fermé ses portes en 1966, laissant derrière elle de nombreuses bouteilles de gaz enfouies dans le sol. Les travaux d’assainissement en cours se sont avérés très complexes à cet effet.[9]

Usine de carbure Willson

Je souhaite terminer notre exploration de l’île par une reconnaissance. L’île Kabenishinân Minitig foisonne d’artéfacts, de structures inspirant une connaissance plus approfondie de cette parcelle de terre. Il y aura dix ans en janvier 2023 que les militants du Mouvement Idle no More – Jamais plus l’Inaction se sont réunis sur l’île pour leur marche vers le Parlement canadien, mobilisés pour faire reconnaître leurs droits, leurs traités et la protection de l’environnement.[10] Les îles voisines Chaudières et Albert font présentement l’objet d’un développement immobilier agressif : souhaitons que l’île Kabenishinân Minitig en soit épargnée et qu’elle soit rendue accessible de nouveau, rapidement, afin de mieux en saisir la géographie historique et culturelle.

Sources:

  1. Projet de décontamination de l’île Victoria de la Commission canadienne nationale
    1. https://ccn-ncc.gc.ca/blogue/lile-victoria-un-tresor-cache
  1. Photos prises sur l’île Victoria avant la fermeture en 2018
    1. https://www.facebook.com/photo/?fbid=10158745434306850&set=gm.911020870061672&idorvanity=509391810224582
  1. 161, rue Middle Ottawa, Centrale à vapeur de l’Ottawa Electric Railwail Co
    1. https://www.historicplaces.ca/fr/rep-reg/place-lieu.aspx?id=4714
  1. 150, rue Middle Ottawa, Maison de la compagnie Bronson
    1. https://www.pc.gc.ca/apps/dfhd/page_fhbro_fra.aspx?id=4487
    2. Annexe en pierre : voir annotation suivante
  2. 2, rue Timberslide, Pavillon Kabeshinan Minitig
    1. https://ccn-ncc.gc.ca/projets/150-rue-middle
    2. https://ottawadailyphotos.blogspot.com/2017/12/paths-of-history.html
  1. Ravin du glissoir à bois
    1. https://collections.musee-mccord-stewart.ca/en/objects/104228/south-timber-slide-ottawa-on-1866
  1. Centrale électrique no 2 d’Ottawa Hydro
    1. https://www.historicplaces.ca/fr/rep-reg/place-lieu.aspx?id=4360
  1. Usine de carbure Willson
    1. https://www.historicplaces.ca/fr/rep-reg/place-lieu.aspx?id=4634
    2. https://www.museedelhistoire.ca/cmc/exhibitions/hist/hull/rw_19f.html

[1] https://ccn-ncc.gc.ca/projets/travaux-de-decontamination-sur-lile-victoria

[2] Clément, Gilles, Manifeste du tiers paysage, éditions du commun, p. 21

[3] https://www.google.ca/maps/@45.4189732,-75.7164442,3a,75y,4.09h,68.37t/data=!3m6!1e1!3m4!1sMvrMK0AiRm4FVNvmy0kUqg!2e0!7i16384!8i8192

[4] https://www.historicplaces.ca/fr/rep-reg/place-lieu.aspx?id=4714

[5] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1139002/centre-escalade-vertical-reality-fermeture-ottawa-decontamination-ile-victoria

[6] https://www.pc.gc.ca/apps/dfhd/page_fhbro_fra.aspx?id=4487

[7] photos illustrant la diversification abondante de la végétation délaissée autour du glissoir à bois avant et après les travaux d’assainissement – page 5 https://ccn-ncc.gc.ca/blogue/lile-victoria-un-tresor-cache

[8] https://www.google.com/maps/place/156+Middle+St,+Ottawa,+ON+K1R+6K4/@45.4207308,-75.7126807,3a,75y,13.77h,87.29t/data=!3m9!1e1!3m7!1s2PYRuu4Dwf_LYEYDWgtTHw!2e0!7i13312!8i6656!9m2!1b1!2i48!4m5!3m4!1s0x4cce045961e33b25:0x4e70fc5a7aacbfe3!8m2!3d45.4199329!4d-75.7145158

[9] https://ccn-ncc.gc.ca/blogue/lile-victoria-un-tresor-cache

[10] https://www.indiantime.net/photos/big/6902/3

Friche latino-américaine

par Licia Soares de Souza

En Amérique Latine, n’importe quel morceau de terre est précieux. Il n’est jamais laissé à l’abandon. On peut rencontrer un espace inoccupé, dépourvu de culture, mais le lendemain il sera rempli de personnes qui ont perdu leurs repères. La friche est toujours un espace de conflits : une invitation aux sans-abris. Ce sont des gens qui sont à l’affût d’un morceau de terre pour réinventer une histoire de vie. Et trois épées de Damoclès font planer une menace sur ce lieu : deux groupes veulent s’assurer sur-le-champ la possession du lieu ; ensuite, la police vient arracher la terre aux petits envahisseurs. Manifestement, le terrain vague a déjà été promis à une entreprise de construction de condos.

Parfois, les envahisseurs obtiennent le droit d’occuper le terrain avec l’aide de la population et des médias. Ils y construisent alors des maisons bizarres, à l’architecture bancale que personne ne comprend. Mais cela instaure une nouvelle esthétique, un art des luttes, des batailles contre l’oppression de ceux qui dominent l’espace urbain. Toujours est-il qu’apparaît quelque chose d’étrange entre deux grandes bâtisses : des constructions aux traits colorés aptes à inventer une nouvelle perception sensorielle. La friche est un embryon de culture. On ne peut aisément préciser laquelle. On ne sait pas si un chant populaire viendra réjouir le quartier. On ne peut pas deviner si des coups de feu viendront soudain endeuiller cet espace imprécis. Quoi qu’il en soit, la friche semble être une étoile déchue qu’on n’a jamais comprise. Elle vient de cieux étranges défier notre imagination. Elle explore et inflige des boulots pénibles à ceux qui cherchent un toit pour protéger leurs corps maltraités par les intempéries violentes des politiques sauvages. Une friche est un tracé géométrique où l’on peut gagner ou perdre son avenir. C’est vraiment une étoile inculte qui exige énormément d’imagination de la part de ceux qui souhaitent l’apprivoiser.

Le village fantôme de l’île Maline

par Rodolphe Lasnes

L’île Maline est une inconnue. Google Maps ignore son nom, la Commission de toponymie du Québec ne la référence pas. À Kahnawake, territoire auquel elle est rattachée, on l’appelle plutôt North Wall. Elle n’existait pas avant le creusement de la Voie maritime du Saint-Laurent, elle dessinait alors une quelconque berge de la rive sud. Elle est désormais une boursouflure naturelle greffée à la longue digue qui sépare le canal des rapides. Une presqu’île, donc, accessible à pied sec.

L’option la plus simple pour la rejoindre est de traverser la Voie maritime en passant par l’écluse Sainte-Catherine, puis de marcher sept kilomètres plein ouest. Une option plus rapide consiste à jouer à l’équilibriste en empruntant le pont levant ferroviaire Saint-Laurent depuis Kahnawake. De l’autre côté du canal, un sentier usé par les passages sur le ballast descend en pente raide vers l’île Maline.

Boisée par endroits, marécageuse à d’autres, cette terre d’à peine un demi-kilomètre carré semble principalement vouée à supporter les deux ponts qui la traversent. Trois cent mètres en aval du précédent, le tablier du pont Honoré-Mercier la survole, l’écrase de quatorze arches de béton. Du béton fissuré, qui s’effrite, qu’il faut renforcer, comme le tablier qu’il a fallu remplacer. L’ouvrage bientôt centenaire nécessite des soins incessants. Un village de travailleurs de la construction s’est installé à son chevet.

Je suis arrivé après l’heure du dernier quart. Les moteurs des machineries étaient froids, les baraquements préfabriqués abritant des bureaux et des salles de repos étaient vides, portes barrées. Seules étaient ouvertes les cabines de toilettes portables, posées à l’abri d’une rangée de conteneurs rouillés autour desquels poussaient les herbes folles. Sous les arches du pont, des amas de matériaux éclectiques, des coffrages tachés de béton, un échafaudage vertigineux, des engins dont je ne devinais pas l’utilité, vétustes et cabossés, mais apparemment en ordre de fonctionner. Une grande barge aux coques métalliques jaunes défraîchies reposait sur la terre ferme. Sur l’eau, deux autres barges étaient accostées à un ponton branlant. Amarres lâches, bancs déglingués, tableaux de bord hors d’usage, leurs moteurs de 150 chevaux étaient les seuls éléments en bon état du décor.

Je me suis assis sur le siège de jardin le moins défoncé du ponton, sous une pergola au toit blanc immaculé, face au Saint-Laurent qui s’offrait en format panoramique. L’incessant roulement des véhicules sur le pont se mêlait au son du courant. Tout semblait sur le point de crouler ou de couler autour de moi, mais je me sentais étrangement bien. Je me suis demandé si c’était l’emplacement ou l’isolement de ce lieu qui me le rendait plaisant. Mais, en découvrant un vieux pot en plastique de vers de terre soigneusement transformé en cendrier, coincé entre deux planches d’un établi pourri, j’ai compris que ce lieu était habité. Les mégots qui flottaient paraissaient fraîchement fumés et je n’en trouvais nulle part ailleurs sur le terrain. En dépit des apparences, les ouvriers qui travaillaient ici, certainement depuis des années, gardaient l’endroit propre. Un chantier agréable à vivre avec une vue imprenable. Je les imaginais pêcher lors de leurs pauses, faire griller leurs prises sur le bord de l’eau, le pont dans le dos, sourires tournés vers l’horizon. Peut-être même faisaient-ils traîner les travaux pour profiter de leur île secrète plus longtemps ?

Halle Polynorm – traces d’une friche disparue

par Séréna Vanbutsele et Estela Brahimllari Schaffner

Le site CAFAG a été longtemps une friche au cœur de Fribourg. Les anciennes halles industrielles sont vouées à être détruites en vue de la réalisation d’un nouveau projet immobilier sur place. Au milieu de bâtiments abandonnés et déchets, des voitures garées le long des façades semblent être les seules intruses du site. Pourtant, une flèche indique « expo paradis perdus » sur la façade d’un des bâtiments. En se rapprochant, une série de graffiti cadrés et thématisés s’aligne le long de ce qui paraît une exposition à ciel ouvert.

Une porte entrouverte attire l’attention vers une halle assez ordinaire en apparence. En entrant, un intérieur coloré et désordonné suggère que cette halle est tout sauf abandonnée. Ses murs couverts de graffitis témoignent d’une présence invisible et informelle qui prospère à l’intérieur de la structure. Le dialogue établi entre les utilisateurs par le biais de graffitis parle d’amour, de rêves et de frustrations. La halle semble être un espace accueillant, un espace de sécurité même pour ceux qui ont du mal à trouver leur place ailleurs pour skater, fumer, chiller, squater ou faire du gaming dans ce lieu appeler ‘le hangar’ par ces utilisateurs invisibles. Sa démolition imminente suscite le chagrin.

Grace à l’accessibilité de la halle -même si informelle- un groupe d’architectes, professeurs de la HEIA-Fribourg et membres de l’Institut TRANSFORM, ont pu déceler des qualités toutes particulières à son architecture. Sa structure métallique est remarquable par sa conception légère. Construite en 1958, la structure détient le brevet Polynorm NV qui s’avère particulièrement adaptée au montage, démontage et remontage. En vue de ces qualités, l’équipe a monté un projet de recherche pour démontrer le potentiel de réemploi à travers un projet pilote emblématique des principes de l’économie circulaire. La halle POLYNORM a donc été démontée soigneusement en vue d’un futur remontage sur un autre site idéalement pour accueillir un usage public.

La halle POLYNORM avant et après son démontage.
Photos prises en avril, août et octobre 2022.

Les Covatières : un hameau devenu friche

par Yannis Nacef

Les Covatières, un village fantôme ! Ou plutôt un hameau de montagne localisé dans la vallée de la Maurienne (Savoie – France) ; les Covatières ont été le chef-lieu de la commune de Saint-François-Longchamp à sa création en 1904 (alors nommée Saint-François-sur-Bugeon). Bien que chef-lieu, les Covatières n’en sont pas moins devenues friche. C’est ce constat qui fut l’élément déclencheur de mon intérêt pour ce hameau abandonné. La curiosité et la volonté de travailler sur les thématiques de l’abandon et de l’enfrichement en milieu montagnard m’ont poussé tout naturellement à me rendre sur place en juin 2020 pour constater de mes yeux ce qu’étaient les Covatières. Alors que Paul Vidal de la Blache dans son Tableau de la géographie de la France considère le chef-lieu comme l’organe central d’une commune, la localisation des Covatières montre une mise à l’écart, reléguée à l’aval de son territoire à proximité du torrent du Bugeon à 930 m d’altitude, loin des autres hameaux et du domaine skiable. Autre aspect important, bien qu’ayant été chef-lieu, il ne fut jamais question de route d’accès, reléguant de fait les Covatières à la marge de sa propre commune. Pour s’y rendre existaient deux options, une piste forestière au tracé peu attrayant ou le sentier historique au départ du hameau du Planet à l’amont. S’ensuit un cheminement le long d’un sentier autrefois muletier bordé par endroit de restes de murets et d’alignements de frênes.

Puis, c’est l’arrivée aux Covatières à 17h30, à l’heure où le soleil s’apprête à disparaître derrière la montagne. La première vision que l’on a de ce hameau, c’est son cimetière désormais abandonné, un cimetière à l’arrêt, privé de toute nouvelle sépulture et qui véhicule aux visiteurs un sentiment étrange et dérangeant, celui d’être entré dans un environnement lugubre où la végétation est oppressante. C’est bien à la mort lente de ce cimetière que le randonneur assiste, noyé au milieu de cette végétation estivale, les tombes disparaissent progressivement faute d’entretien, les plus récentes, celles qui ont à peine 70 ans subsistent encore ; pour le reste, l’herbe a pris le dessus, les croix en bois ont disparu, effaçant ainsi la mémoire de ces défunts habitants.

(Cimetière des Covatières, 2020)

Une fois passé le cimetière, c’est la surprise, bien qu’attendue comme dans tout chef-lieu, le visiteur découvre l’église du village ou ce qu’il en reste. Le processus de ruinification défini par Quentin Morcrette (2014) s’applique tout à fait à cet édifice religieux qui n’est plus que l’ombre de lui-même, privé depuis des décennies de ses fidèles. La croix lézardée de l’entrée, la toiture effondrée et les murs se désagrègent sous l’effet de cette végétation qui se révèle être un « agent destructeur, les racines se glissent dans chaque interstice à la recherche de quelques éléments nutritifs, soulevant au passage les pierres et marquant le début d’un cycle de délabrement »   (L. Dupré, 2008). Sur la porte, une petite pancarte où l’on peut lire « défense d’entrer DANGER », et bien que cette imposante porte soit barricadée, il est devenu facile pour tout anonyme pratiquant l’exploration rurale (rurbex) de s’engouffrer à l’intérieur pour assister à cette désolation, celle d’un « monument en décomposition » (D. Scott. 2012).

(Église des Covatières, 2020)

S’enchaîne alors une série de bâtiments en ruines qui autrefois constituaient le cœur de ce hameau, où alternaient four à pain, granges, maisons, ou encore caves. Il n’en reste que des ruines de 1 m à 1,50 m de hauteur, loin des traditionnelles visions du village de montagne aux maisons mêlant l’usage de la pierre et du bois. Soudain, au détour de deux d’entre elles, caché au milieu de la végétation, se distingue un bâtiment imposant partiellement debout, qui faisait office de presbytère et d’école ; cet édifice est ouvert au vent, la toiture résiste encore mais pour combien de temps ? (A. Bitz, 2019). A regarder de plus près, il est possible de trouver la porte d’entrée défoncée par quelques pilleurs ou de simples curieux. Cette dernière, béante, s’ouvre sur un long couloir aux murs décrépis, salis par l’humidité, les squatteurs et le temps. Au plafond, l’ampoule présente privée désormais de toute alimentation électrique, établit un constat, celui d’une modernisation de cette entité de vie qui bien qu’arrivée, le fut trop tard. L’exode rural débuté durant la seconde moitié du XIXe siècle vida les Covatières de ses habitants, passant de 47 en 1876 à 20 en 1936. S’ajoutent la modernisation de la société à laquelle les Covatières ne put s’adapter, le développement de l’automobile et l’absence de route pour accéder au hameau qui ont renforcé la mise à l’écart de ce dernier formant alors les conditions de l’abandon. C’est cette multicausalité qui explique l’abandon définitif des Covatières en 1965. Après cette date, plus rien ? Pas tout à fait ; vidé de sa population, les Covatières connaissent depuis une dynamique d’enfrichement que certains qualifieraient de réensauvagement (Schnitzler A., Genot J-C., 2020) encore à l’œuvre en 2020. Quel parti-pris adopter alors, celui d’un juste retour des choses où végétation et destruction façonnent la nouvelle identité de ce hameau de montagne effaçant progressivement toutes traces et mémoire de l’anthropisation ? A l’inverse, on pourrait considérer la trajectoire des Covatières comme une déchéance pour ce hameau érigé en chef-lieu en 1904 et qui aujourd’hui en 2022 est devenu une friche villageoise.

(École/presbytère des Covatières, 2020)

Références :

  • Morcrette, Q., 2014, « La présence des petits bâtiments en ruine dans les Alpes de Haute Provence », Carnets de Géographes, n°7, pp. 1-18.
  • Nacef Y., 2022, Rechercher l’invisible. Les hameaux abandonnés des vallées de la Maurienne et de la Tarentaise, Société Savoisienne d’Histoire et d’Archéologie, 198 p.
  • Schnitzler A., Genot J-C., 2020, La nature férale ou le retour du sauvage. Pour l’ensauvagement de nos paysages, Jouvence, 175 p.
  • Scott D., 2012, « Nos ruines », Vacarme, 2012/3 n°60, pp. 164-198.
  • Vidal de la Blache P., 1903, Tableau de la géographie de la France, Hachette, 395 p.

Du terrain vague à la friche

par Monique Bourbeau

Du plus loin que je me rappelle, les terrains abandonnés s’appelaient terrains vagues. C’était la seule dénomination que je leur connaissais. Avec la venue de la mouvance écologique et sa volonté de sauvegarder les oasis de végétation, les terrains vagues ont gagné du gallon et portent fièrement le nom de « friches ».

Longueuil, années 50. Passé la rue De Normandie, il n’y avait plus de maisons. Des champs, des terrains vagues comme me disait papa. Je lui tenais la main, impressionnée par cet univers inconnu auquel nous accédions en longeant la voie ferrée, derrière l’usine de la Pratt et Whitney.  Dans ce secteur, me disait-il, il y avait eu autrefois la Fairchild: une usine aéronautique qui construisait des bombardiers entre les années 1920-1950. Il y avait travaillé et me disait qu’il s’y trouvait une piste d’atterrissage. Au moment où j’écris ces lignes, je  viens subitement de comprendre cette passion que mon père avait pour l’aéroport de St-Hubert et les « pageants » aériens. Apparaissent aussi dans mes souvenirs, des images des baraques de l’armée, aux vitres cassées, entourées de terres abandonnées. Je les voyais par la fenêtre de l’autobus alors que nous allions prendre le pont Jacques-Cartier et je rêvais d’y entrer. Papa m’emmenait souvent aussi au bord du fleuve, on passait sous une arche métallique frôlant des remparts de ciment et nous accédions aux berges. Le sol était vaseux. Sous les roches, des « bibittes » qui s’enfuyaient dans des trous humides. Des joncs, des plumes d’oiseaux, un vieux soulier, une bouteille de Seven Up. Et s’il y avait un message dans cette bouteille? Si je trouvais ici matières à me construire un radeau et partir sur le fleuve? Nous étions seuls, papa et moi. Maman était restée à la maison. Je me sentais privilégiée de pouvoir accéder à des territoires secrets, défendus.

Ces promenades en terrains vagues ont éveillé en moi le goût de l’aventure et de l’exploration de terres inconnues,  Elles n’étaient pas très loin ces terres mystérieuses; avec mon vélo, j’allais le long du boulevard Desaulniers, près de la voie ferrée désaffectée jusqu’au Steinberg, et en chemin, je m’arrêtais, fouillant dans les « mauvaises herbes ». Un briquet rouillé, une clé perdue, un vieux portefeuille, une lettre, un peigne. Objets perdus, oubliés, abandonnés. Ils me racontaient des histoires que j’inventais. Surgissaient dans mes rêveries des personnages qui avaient laissé leurs empreintes sur le sol et dont je devinais encore la présence. Après ces moments intenses de prospection, je rentrais à la maison, les poches bourrées de trésors, des « artéfacts », diraient les experts.

Les années passent et les « faits divers » des journaux jettent une ombre inquiétante sur mes beaux terrains vagues. A la tombée du jour, des voyous y jouent aux gangsters, fumant, buvant , saccageant et squattant les édifices abandonnés: seringues, condoms, cannettes de peinture aérosol. Incendies criminels, viols, meurtres, clament les journaux et les professeurs du Couvent de Longueuil… Les avertissements insistants de mon entourage érigent un mur invisible qui freine mes pas inquisiteurs. Mon enfance s’envole et mon attrait pour les terrains vagues s’anéantira entre les pages de  mon « Textbook »  Harrison, Principles of Internal Medicine. Entre les lourds volumes de chirurgie et de neurologie, s’infiltrent de minces fascicules sur les sciences du comportement et de l’environnement. Une innovation dans le cours de médecine.

Des clôtures Frost encerclent les beaux terrains vagues de mon enfance: escalade de mises en garde: terrain privé, défense de passer, danger, têtes de morts. Oui, un danger invisible: il est enfoui dans le sol, il gruge les entrailles de la terre et s’infiltre insidieusement dans l’eau souterraine. On le laisse dormir en paix préférant l’ignorer et le séquestrer. Un jour…éventuellement, on verra…

Montréal: matin d’automne frisquet, lumière matinale tamisée par la brume. Je marche sur la rue  Ste-Catherine et mon coeur s’attendrit devant un tableau invraisemblable. Sur le terrain abandonné adjacent au Théâtre du Nouveau Monde, des tentes couvertes de rosée matinale. Devant certaines, des chiens montent la garde: bien assis, imperturbables, ils regardent les passants attendant patiemment que leurs maîtres se réveillent.Quand les dormeurs seront levés, ils arpenteront les rues avec leurs chiens à la recherche de la pitance de la journée.

Ardents défenseurs du développement, des entrepreneurs avancent leurs tracteurs et leurs excavatrices : débrouissaillage, nettoyage. Les arbres tombent, les herbes sont martelées; on défriche le sol, on prépare le terrain pour l’avenir et la prospérité. Maisons, tours de bureaux: un paysage géométrique dans un univers de béton, des plantes domestiquées, taillées, toilettées et alignées : ça fait plus propre. Pendant que l’oeil s’émerveille, les pieds brûlent sur l’asphalte.

2010:  « Place à l’écologie urbaine » , une ballade organisée par le Coeur ses Sciences de l’UQAM. Je visite la Maison du développement durable, rue Ste-Catherine, à quelques pas du Théâtre du Nouveau Monde. Un parc remplace désormais le terrain vague mitoyen où campaient les jeunes itinérants et leurs chiens. Des arbres indigènes ont été plantés et le terrain a été aménagé pour recueillir les eaux pluviales. L’homme s’est fait créateur d’ïlôts de fraîcheur. Qu’il se garde donc une petite gêne, car en fait, il n’a rien inventé. Tout était là déjà, bien avant lui.

Dans cette mouvance écologique, l’oeil a appris à voir: entre les fissures du béton, sur les terrains vagues, pousse allègrement une flore exceptionnelle, d’une qualité déconcertante. Elle perce le ciment, l’asphalte, résiste à la sécheresse, au sel et au froid. Les cultivars n’ont rien à lui envier. Malgré son désordre et sa désinvolture  qui irritaient et agressaient nos regards, elle s’acharne à recouvrir et cacher les débris des terrains vagues. Mauvaise herbe?

Halte là. Ces plantes « sauvages » ont chacune une appellation: trèfle, « petits cochons », verge d’or, et elles ont même un nom propre qui leur confère une existence et inspire le respect: Trifolium, Asclépias, Solidago. Les terrains vagues hirsutes sont désormais des « friches » .  La vie s’y est installée, grouillante, bourdonnante. Insectes et plantes vivent librement sur cette terre qu’ils ont recolonisée. Bien que détenteur d’un titre de propriété en bonne et due forme, l’humain n’y est plus tout à fait chez lui et doit apprendre à négocier avec les habitants de ces milieux de vie.

Friches aux mille pouvoirs,

Porteuses d’espoir.

Vous êtes Les Champs des possibles.

Dans le vent,

Ondulent les herbes,

Et tanguent nos rêves.

Pour faire allusion aux graffiti botaniques apparus en 2019  à Toulouse en France , sous l’égide de Boris Presseq, botaniste au Muséum de Toulouse, et son collègue Pierre-Olivier Cochard, naturaliste. Ceux-ci s’étaient inspirés d’une oeuvre  d’une conteuse de la région de Nantes, Frédérique Soulard qui avait présenté un atelier « Belles de bitume »  (https://www.frederique-soulard-contes.com/copie-de-biographie)
 
https://www.ledevoir.com/environnement/561783/qu-est-ce-qui-pousse-sur-mon-trottoir

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